Le Premier ministre devant l'Assemblée Nationale

Jeudi 1° avril 2021

Vous trouverez ci-dessous la réponse du Premier ministre aux prises de parole des oppositions après son allocution à l’Assemblée nationale suite à la prise de parole du Président de la République annonçant de nouvelles restrictions sanitaires pour le mois d’avril.

 

Sur les droits du Parlement

Nous sommes dans un État de droit, c’est-à-dire dans un État démocratique et constitutionnel ; et cette constitution, faite par le général de Gaulle, répartit les prérogatives et les attributions de compétences entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, en veillant particulièrement à garantir l’efficacité de l’État, du pouvoir exécutif, sous le contrôle de la représentation nationale relativement aux décisions qu’il prend. Et vous savez bien toutes et tous, sur tous les bancs, que l’ensemble des décisions annoncées hier soir par le Président de la République, détaillées par moi-même ici ce matin, relève du pouvoir réglementaire, autrement dit du pouvoir exécutif.

Une vision stricte et étroite de nos institutions, une application conforme non seulement à l’esprit mais aussi à la lettre de notre Constitution, ne m’aurait pas conduit à être devant vous ici ce matin !

Je ne vois pas en quoi les droits du Parlement seraient amoindris parce que je viens m’exprimer devant votre assemblée en lui demandant d’approuver des décisions qui relèvent du pouvoir exécutif aux termes de notre ordre constitutionnel !

Certains d’entre vous n’ont pas voulu se saisir de l’occasion, et ce n’est pas la première fois : je me souviens qu’au deuxième confinement, ils avaient déjà préféré détourner le regard et ne pas participer au vote.

C’est leur choix. Mais la démocratie, c’est la transparence ! Il n’y a donc aucun mépris de la représentation nationale, vraiment aucun.

Sur les mesures de freinage de l’épidémie

Nous soutenons hôpital. Il est en grande difficulté, les établissements de santé sont frappés par cette crise, mais il fait face avec tous ses professionnels, de façon magnifique. La critique, maintenant, c’est que nous n’aurions pas ouvert assez de lits de réanimation.

Sur le fond, je commencerai par évoquer rapidement, et en complément de ce qu’a magnifiquement exprimé le ministre des solidarités et de la santé, les mesures de freinage indispensables, que nous pensons proportionnées et nécessaires, prises au vu des circonstances actuelles. J’ai entendu beaucoup d’intervenants dire qu’elles seraient trop tardives ou insuffisantes, parce que le Gouvernement n’aurait pas suivi rigoureusement et à la lettre les schémas, les modélisations.

C’est bien sûr leur droit de s’exprimer ainsi, mais, après avoir évoqué les prérogatives du Parlement, je leur rappelle que je les écoute, mardi après mardi, et que je les consulte dans le cadre du groupe de liaison avec les responsables de groupes politiques que je réunis souvent. Les oppositions nous demandent de ne pas fermer les commerces et les stations de ski. Ils nous demandent de rouvrir les universités et les établissements publics culturels. J’entends cela depuis des semaines et des semaines, sans parler des discothèques ! Et voilà que, aujourd’hui, nous serions trop mous, nous agirions trop tard ! Vraiment, c’est formidable !

Sur les moyens alloués à l’hôpital public

Créer de nouveaux lits pérennes suppose de former des médecins réanimateurs et des infirmiers anesthésistes réanimateurs, ce qui n’est possible, ni en France ni ailleurs, en un an, chacun le sait !

Sur le retard des moyens alloués évoqué par le groupe socialiste : il ne date pas de 2020, il est beaucoup plus ancien, et je vais rappeler les chiffres de l’ONDAM – objectif national des dépenses d’assurance maladie – : plus 2,6 % en 2012, plus 2,1 % en 2013, plus 1,7 % en 2014, plus 1,5 % en 2016, soit une baisse permanente sous le gouvernement socialiste.

C’est cela que nous payons aujourd’hui ! Et on viendrait maintenant nous le reprocher ? Soyons tous humbles !

Depuis le début du quinquennat, nous avons cessé de le faire baisser avec à partir de 2017 : plus 2,1%, plus 2,3% en 2018, plus 2,5% en 2019, et plus 2,3% en 2020 ! Au total, ce sont 8,8 milliards supplémentaires qui sont intégrés dans la trajectoire de l’ONDAM pour la période 2020-2023, au titre des revalorisations. Cette année, ce sont 15 milliards d’euros qui ont été engagés pour répondre à la crise épidémique. En somme, le budget de l’assurance maladie pour 2021 sera de 224,6 milliards d’euros, contre 215,7 milliards en 2020.

Pour le 2e volet du Ségur de la Santé, le Gouvernement prévoit un investissement massif de 19 milliards d’euros. Cet investissement se répartira en 5 enveloppes. La principale d’un montant de 9 milliards doit assurer le financement direct de nouveaux investissements dans les établissements de santé et en ville. La seconde qui mobilisera 6,5 milliards d’euros sera dédiée à l’allégement de la dette des hôpitaux et à la restauration de leur capacité financière. Par ailleurs, 1,5 milliard d’euros sera dédié à la rénovation et à la création de places en Ehpad, 2 milliards à l’investissement numérique et la dernière enveloppe de 300 millions d’euros sera affectée à la modernisation de l’offre de soins pour les personnes en situation de handicap. Ce 2e volet prévoit également, d’ici 2022, l’ouverture de 16 000 places de formations supplémentaires pour les infirmiers, les aides-soignants et les accompagnants éducatifs et sociaux.   

Sur la vaccination

C’est en effet notre porte de sortie, vous le savez toutes et tous. Je salue l’esprit de responsabilité de certains groupes : celui de la majorité parlementaire, bien sûr, qui ne défaille jamais dans l’exercice de ses responsabilités et dans le courage qu’il faut ensemble manifester face à la dureté des temps présents, mais j’ai trouvé certains intervenants particulièrement injustes. Ainsi, M. Mélenchon a parlé d’une bureaucratie misérable, incapable d’accélérer la vaccination, ce qui est tout bonnement indigne.

 

Comme vous, je me rends le plus souvent possible sur le terrain, et je vois ces centres de vaccination qui mobilisent les élus, les soignants et les hospitaliers, bref, tout le monde, fonctionner de manière remarquable. Bien sûr, ici ou là, il y a des loupés, il y a des difficultés, mais nous ferions mieux de nous réjouir de cette mobilisation générale. Et la montée en charge est là… Mais, évidemment, elle dépend du nombre de doses disponibles. Et j’aurais aimé, monsieur Abad et les autres, que vous m’indiquiez comment nous procurer davantage de doses. Je vous assure que, si vous aviez formulé sur ce terrain une préconisation opérationnelle, j’aurais annoncé ici immédiatement que je l’adoptais !

Mais rien, rien de rien ! Et pour cause, je ne vous jette pas la pierre : à ma place, vous feriez pareil que moi ! L’Europe a commandé autant qu’elle a pu. Certes, il y a des pays qui sont devant nous, mais comparez, comme l’a dit Olivier Véran, avec des pays qui nous sont comparables, et vous verrez que notre stratégie vaccinale est efficiente et que nous la déploierons.

Notre pays, comme l’Europe, comme le monde, est encore plongé dans une situation difficile qui nous contraint à prendre des décisions difficiles. C’est la raison pour laquelle il était, quoi qu’on en dise, parfaitement logique que je sois présent aujourd’hui devant les représentants de la nation, cette même nation qui lutte, qui souffre, mais qui a beaucoup plus de bon sens que certains ne voudraient le laisser croire. Elle comprend que les « y a qu’à faut qu’on », les surenchéristes, ceux qui cherchent à tirer des avantages politiques d’un drame national, n’apportent finalement pas grand-chose à la résolution de leurs difficultés. Il était donc normal que le Parlement se prononçât une nouvelle fois dans un moment si sensible pour notre pays.

 

Je tiens à vous exprimer ma confiance dans le Parlement, ma confiance dans nos concitoyens, ma confiance dans nos soignants, nos médecins, nos scientifiques, qui nous alertent – et c’est leur rôle – ma confiance dans le fait qu’ensemble, en dépit des grandes difficultés du temps présent, nous sommes sur le bon chemin.