Aéroports de Paris

28 mars 2019

Les privatisations, les cessions de capital, les concessions, soulèvent toujours beaucoup de réactions passionnelles. Cependant les prises de positions des uns et des autres sont souvent à géométrie variable.

Certains sont toujours contre, c'est respectable : ils considérent que l'État est toujours garant du bien commun. La réalité est pourtant riche d'enseignements. Renault par exemple : La présence de l'État actionnaire n'a pas empêché que Renault réduise ses capacités de production en France bien plus que ne l’a fait PSA.

Certains sont contre, mais pas toujours. Leur positionnement dépend en grande partie de leur appartenance ou non à une majorité politique. Le gouvernement Jospin est le gouvernement qui a le plus privatisé pour 31 milliards d'actifs : France Télécom, Thomson CSF, Air France, CIC, Société Marseillaise de crédit, crédit lyonnais, le Gan, CNP et Eramet.

Pour ce qui est d’Eramet, par exemple, énorme société minière présente partout dans le monde, celle-ci porte des activités pour le moins stratégiques. A l'heure où la question des terres rares, indispensables à l'industrie des batteries, est posée avec force, le choix qui a été fait à l'époque était-il le bon ?

Sous les gouvernements Ayrault-Valls, les privatisations se sont poursuivies. L'État a cédé la moitié de ses actions dans le groupe Safran (l'État a encore 14% du capital) mais aussi les aéroports de Lyon, Nice, Toulouse.

Les conditions de la privatisation de Toulouse sont discutables mais pour Lyon et Nice le bilan est plutôt positif.

 

Le rapport de la Cour des Comptes affirme par ailleurs : "Les ventes des parts de l'État à Toulouse, Lyon et Nice, ont rapporté plus que prévu (2,06 milliards d'euros au total) et n'ont pas été suivies d'inflexions majeures dans la gestion des sociétés et leurs orientations stratégiques. Contrairement aux craintes des compagnies aériennes, ces privatisations ne se sont pas non plus traduites par un renchérissement des coûts. Au contraire, en 2018, Toulouse-Blagnac a même pu baisser ses redevances de 2,5%, la hausse du trafic, passé de 7,47 millions de passagers en 2014 à 9,21 millions en 2017, ayant dépassé les prévisions." Mais à l'époque, les majorités parlementaires socialistes à l'Assemblée Nationale et au Sénat n'ont pas protestées.

Concernant Aéroport de Paris (ADP), certains élus, la main sur le cœur, condamnent la vente de "bijoux de famille" stratégiques.

Les  recettes d'ADP  sont  constituées à 74% de la gestion immobilière, de la location des boutiques et des parkings ! Est-ce stratégique ?

Financer les investissements futurs

Roissy, Orly, le Bourget sont bientôt saturés. Avec le Brexit l'aéroport de Londres perdra de son attractivité. Des investissements très lourds, par milliards, seront nécessaires pour répondre aux prévisions d'augmentation de trafic des aéroports parisiens.

Si l'État reste le principal actionnaire, il devra augmenter le capital pour sécuriser le groupe et lui permettre d'aller chercher du financement en prêts bancaires.

Est-ce la priorité pour l'État ? Quand on sait les besoins d'investissements colossaux à réaliser ces prochaines années, dans l'industrie des batteries, le stockage d'énergie ou l'intelligence artificielle…

Ne pas être parmi les leaders dans le monde dans ces domaines, c'est accepter d'accroître encore notre dépendance vis-à-vis des États-Unis et des pays Asiatiques.

Alors oui, il faut faire des choix stratégiques parce qu'on ne pourra pas tout financer.

Denis Sommer

Denis SOMMER

Député

3ème Circonscription du Doubs

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